Recruter son responsable sûreté-sécurité

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Beaucoup d’entreprises n’ont pas encore de salarié attitré pour gérer ces questions. Gare aux réflexes de recrutement trop « faciles ».

L’attentat manqué en juin?2015 contre l’usine d’Air Products à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), et l’incendie criminel quelques semaines plus tard sur le site chimique de LyondellBasell de Berre l’Étang (Bouches-du-Rhône), ont montré que l’industrie est une cible potentielle d’actes malveillants. Évaluer les risques, auditer, tester les dispositifs et procédures, renforcer ses compétences, protéger ses systèmes d’information, faire de la veille technologique… La sécurité des personnes et la sûreté des sites ne peuvent plus être des préoccupations annexes. Les industriels sont globalement peu préparés et peu d’entre eux possèdent un responsable attitré. Or recruter un directeur sûreté-sécurité n’est pas chose aisée.

1.Bien définir les contours du poste

« Il faut faire attention à ne pas recruter n’importe qui. Une entreprise qui cherche un directeur sûreté recevra beaucoup de CV, mais les directions des ressources humaines ont du mal avec ce type de profils car elles ne savent pas forcément quelles compétences valoriser », affirme ­Olivier Hassid, le directeur du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE). D’où l’intérêt de bien définir en amont les contours du poste, de préférence avec un cabinet spécialisé. Souvent, la sécurité et la sûreté sont rapprochées des notions d’hygiène, de qualité et d’environnement dans un poste HQSE qui mêle le risque au travail, à la qualité de la production… « C’est souvent une casquette en plus pour des personnes qui ont d’autres responsabilités, mais qui n’ont parfois pas grand-chose à voir avec les problématiques de sûreté et de sécurité », avoue Fatine Dallet, la directrice de la division ingénieurs du cabinet de recrutement Michael Page. Rapprocher la sûreté-sécurité d’autres fonctions est assez naturel, mais il faut garder l’idée de pouvoir autonomiser ce poste avec le développement de l’entreprise et son éventuelle expansion géographique. La première étape est de mener un audit interne : est-ce que l’on prête le flanc aux menaces, et lesquelles ? Quel niveau de risque l’entreprise est-elle prête à accepter ? À qui faut-il rattacher ce poste (PDG, DRH, secrétaire général, direction sécurité informatique) ? Doit-il être au comité de direction ? Comment s’insère-t-il dans l’organigramme ? Quelles ressources humaines et financières y accorder ?

2.Ne pas céder à la facilité

D’après le CDSE, dans 70 % des cas, le poste de directeur sûreté-sécurité est occupé par un ancien fonctionnaire militaire, policier ou gendarme. C’est un vivier naturel de candidats qui peuvent structurer la fonction. Beaucoup de recruteurs ont le réflexe de faire appel à ce type de profil. Certes, ces personnes ont généralement de bons réseaux sur le terrain, elles sont habituées à prévoir une menace, à réagir quand elle se présente, à coordonner une cellule de crise, à agir en situation de stress. Attention, elles n’ont pas forcément en tête les préoccupations de l’entreprise. « Ce ne sont pas des managers, résume Yannick Meiller, professeur à l’ESCP Europe. Au-delà du management, le poste comporte un aspect financier. Il faut savoir évaluer son budget, le défendre et être au fait des contraintes de gestion financière (Opex, Capex) et des priorités de l’entreprise en la matière. Et, surtout, le directeur sûreté-sécurité doit pouvoir négocier. Il doit comprendre qu’une partie de ses recommandations impacte les autres directions dans leur budget. Il doit aussi être capable d’intervenir au Comex, de s’y faire ­comprendre, voire d’en devenir membre. » Bref, il doit être un facilitateur du business et pas un empêcheur de faire des affaires. « La personne sera au service d’une organisation souvent matricielle. Elle doit pouvoir emmener les équipes, faire adhérer, et travailler avec les autres, sans forcément de lien hiérarchique » précise Géraud Huguet, le responsable des recrutements sûreté-sécurité au cabinet Lincoln Associates. « Cela nécessite une certaine pédagogie et des relations de confiance avec les juristes, la DRH, les ingénieurs chargés du process, la direction de la sécurité informatique, mais aussi les partenaires sociaux (à travers le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), la direction financière et enfin à l’extérieur de la société, notamment avec l’autorité publique », ajoute Fatine Dallet.

3.Débaucher un spécialiste

Attention aux idées reçues ! L’assurance et la banque ne fournissent pas toujours les meilleurs profils. « Certains secteurs sont pourvus de bons professionnels, comme le nucléaire, la chimie ou la construction, explique Romain Doutre, le manager de la division ingénieurs supply chain de Robert Walters France. Les meilleurs responsables sécurité sont probablement dans ce secteur, chez Eiffage, chez Spie ou dans le secteur de l’électricité. Dans le bâtiment, on trouve souvent des fonctions de “préventeurs” régionaux ou nationaux. J’ai récemment débauché l’un d’eux pour un industriel à qui il a apporté une vraie valeur ajoutée. » La logistique, le transport et le secteur maritime sont également des viviers. Il existe assez peu de formations spécifiques. L’Institut polytechnique de Grenoble, qui forme des responsables HSE, les sensibilise à la sûreté-sécurité. Mines ParisTech propose une option risques industriels et deux universités parisiennes ont des masters en management des risques qui intègrent la sûreté-sécurité. « Il manque globalement un “vernis sûreté” dans les formations de futurs dirigeants, que ce soit à Polytechnique, à HEC ou dans les écoles d’ingénieurs », regrette Olivier Hassid.

4.Recruter en interne

C’est la dernière option, pas forcément la plus mauvaise. « Sur ce poste transversal, il faut quelqu’un qui connaisse bien l’entreprise, qui soit passé par des fonctions opérationnelles ou par des filiales activité ou pays, quelqu’un qui ait une vision du process industriel. Par exemple, dans un grand groupe, le secrétaire général », avance ­Yannick ­Meiller. « Cela peut être également un responsable de maintenance, ou alors un responsable des travaux neufs ou encore de la production, explique Fatine ­Dallet. Ces personnes ont généralement conduit des projets relatifs aux équipements et sont familiers du process. » Il est possible de former son personnel à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), au Centre national de prévention et de maîtrise des risques (CNPP), qui propose le cycle technique Ceric de lutte contre la malveillance, ou encore à l’ESCP Europe, qui dispose d’une formation sûreté-sécurité d’environ deux mois. Si la personne est créative et arrive à influer sur l’organisation, elle peut faire de ces thèmes un projet d’entreprise fédérateur. Avis aux amateurs !

Des entreprises trop frileuses

Seules 20 % des entreprises ont l’intention de se doter d’une personne chargée de la sécurité et de la sûreté, selon une récente étude menée par le Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE) et Axa Assistance. Plus de 300 dirigeants d’entreprise ont été interrogés début novembre, avant les attentats qui ont touché Paris. Autre enseignement : seule une entreprise sur cinq possède un dispositif de gestion de crise. « Compte tenu des difficultés dues à la crise […], les entreprises n’envisagent pas de réaliser d’importants investissements en la matière », analyse Alain Juillet, le président du CDSE.

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